Notre souveraineté énergétique

L’énergie est un pilier essentiel de tout développement économique et social, étant le moteur des différents secteurs productifs et un facteur de bien-être global des populations. Mais ce bien-être est relatif, car avec le gaz et le pétrole, il n’exclut pas les effets pervers du syndrome hollandais, et, surtout, il expose les écosystèmes des océans et les populations au risque de catastrophe écologique. Il est aussi difficile de déterminer, de manière fiable, le niveau d’exploitation compatible avec les efforts climatiques et avec l’engagement à l’égard de l’Accord de Paris de la Conférence des Nations Unies, sur les changements climatiques en 2015.  Le secteur des énergies fossiles nous expose à un véritable dilemme, à savoir comment nous développer légitimement, et le développer sans aggraver nos émissions de gaz à effet de serre -GES- et atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050? En même temps, il est établi que les pays africains sont de loin moins responsables des dégâts environnementaux que les pays industrialisés et qu’ils doivent aussi relever les défis du développement sans répéter ses travers.

L’assemblée nationale a expédié de façon cavalière son débat d’orientation budgétaire du 26 juin 2022 et on n’a pas pu y creuser certains des enjeux avancés ici. À en croire le (DPBEP) Document de programmation économique et budgétaire pluriannuelle 2024-2026 du gouvernement, les projections optimistes seraient de 753,6 milliards FCFA pour les 3 prochaines années, tablant sur un baril à 85, 5$.


Pour l’instant, la production de gaz naturel s’effectue, depuis octobre 2002, dans les deux périmètres d’exploitation que sont Gadiaga et Sadiaratou. En 2020, il y a eu une production annuelle de 15 949 272 Nm3.

 Les données des réserves et des exploitations en cours de développement seraient:


– Sangomar offshore à 90 kilomètres des côtes (Ressources probables récupérables estimées à environ 630 millions de barils de pétrole et à 2.4 TCF de gaz naturel associé et non associé). Phase 1 en fin de développement et first oil prévu au dernier semestre 2023, pour une production en plateau de 100 000 barils par jour. Exploitant Woodside (Australie).  On prévoit, en 2024, autour de 32 millions de barils. Une fois les coûts recouvrés, il est vraisemblable de croire que le Sénégal obtiendra beaucoup moins de 40% dans le partage de la production et cela sans compter les impacts négatifs des externalités environnementales et sur la pêche et le tourisme.


– GTA, en partage, moitié chacun, avec la Mauritanie, soit 15 Tcf à 20 Tcf de gaz naturel récupérable, dont 7,5 à 10 Tcf pour le Sénégal. Phase 1 en fin de développement et premier m3 de gaz attendu en fin 2023
Exploitant BP (United Kingdom)

En février 2020, le gouvernement a annoncé qu’un accord de vente de gaz avait été conclu avec BP Gas Marketing, une filiale de BP, sans aucun détail sur la formule de prix, le volume ou le marché d’exportation. Cela pourrait constituer un risque de gouvernance de prix de transfert sur la valeur duquel dépendent des taxes, redevances, et prélèvements fiscaux puisque le même groupe commercial est à la fois vendeur et acheteur du gaz.


 Autres découvertes annoncées:


– Yakaar et Teranga.

Les ressources probables récupérables étaient estimées à 20 TCF de gaz (5
TCF pour Teranga et 15 TCF pour Yakaar). L’exploitation, initialement prévue en 2024, ne pourra pas intervenir à cette date, le projet sera mieux pris en charge après le début de l’exploitation de GTA. Ces chiffres du ministère chargé de l’énergie sont contredits par le Cos Petrogaz. Ce dernier donne d’autres chiffres (30 Tcf pour les deux) et mentionne que « les champs Teranga et Yakaar, découverts respectivement en 2016 et 2017, au large des côtes de Kayar, et dont les réserves sont estimées à 854 milliards de mètres cubes, soit 30 Tcf, font l’objet d’études de faisabilité dans l’optique d’une décision finale d’investissement ».

Pour l’instant, si on se fonde sur les données des ressources estimées par le ministère, on aurait :


– GTA 560 milliards de m3 dont 50% pour le Sénégal
– Teranga, 140 milliards de m3.

– Yakaar, 420 milliards de m3.

– Sangomar , 70 milliards de m3.


 
Dans de telles circonstances, une nouvelle politique concertée, élargie à toutes les forces vives et aux experts nationaux, devra être mise en place dans les six premiers mois. Cette nouvelle politique réformera le secteur, avec la reformulation des différents textes en vigueur (lois, codes, stratégies, feuilles de route, plans d’action, lettres de politique) et avec l’audit des contrats en cours d’exécution. 

Au préalable, il faudra résoudre certains enjeux. Entre autres, avoir une rigoureuse évaluation de notre potentiel énergétique, de façon contradictoire et indépendante (les réserves probables, les ressources découvertes et non découvertes.). La maîtrise des coûts d’investissement et des charges d’exploitation, qui sont défalquées avant le partage de production, doit être réelle et en notre faveur. Le cost oil facturé doit clairement traduire la réalité de l’investissement et les charges d’exploitation; les remboursements doivent être équitables et non disproportionnés. Il y aura lieu de revoir rigoureusement aussi le processus d’octroi des permis.

 
Seen Égal-e Seen Égalité privilégie pour ce faire, d’une part, dans cette transition sobre et vertueuse, de garder par souci d’équité, une partie des réserves sous la forme de fonds souverains, dont 10% pour adapter l’emploi aux générations futures.  Une portion annuelle autour de 5% y servira dans les projets innovants respectueux de l’environnement. Ensuite, il y aura lieu d’imposer un plafond d’émissions de gaz à effet de serre (GES) au secteur pétrolier et gazier qui tienne compte de notre réalité environnementale et des progrès réalisés en reforestation et changement de mode de production et de consommation, ainsi que nos divers efforts de mitigation des émissions de carbone de notre politique environnementale. 

Nous poursuivrons parallèlement, de façon hardie, la couverture territoriale en énergies renouvelables. Nous honorerons nos engagements, en soustrayant, de ces progrès réalisés, la taxe carbone que nous imposerons pour faire face à nos engagements climatiques internationaux. La tarification du carbone est un des moyens de réduire les émissions de GES et elle stimule les innovations à faible teneur en carbone. Une taxe sévère aux véhicules qui ne respecteront pas le seuil carbone imposé permettra de réduire considérablement la pollution et d’appuyer les subventions au virage des véhicules électriques et au transport en commun électrique. Renouveler le parc automobile polluant pourrait nous permettre de réduire plusieurs tonnes de Co2 et engranger en recettes, du fait du coût de la tonne de carbone. On pourrait introduire, en complément, une taxe carbone sur les entreprises les plus polluantes.


De manière prioritaire, la gestion rigoureuse du secteur énergétique sera bien planifiée et parfaitement exécutée. Elle doit être parfaitement maîtrisée et débarrassée de toutes les tares congénitales, telles que les risques de corruption, la gestion au jour le jour non planifiée, les ruptures d’approvisionnement, les nuisances à l’environnement et les coûts non maîtrisés. Nous sommes capables d’électrifier tout le pays, et en bonne entente avec nos voisins immédiats, de développer notre part d’une politique panafricaine énergétique avec le potentiel existant. 


La nouvelle politique énergétique sera soumise à la validation de l’Assemblée nationale au même titre que tous les contrats importants, tant sur le plan économique et financier que sur celui des enjeux pour le pays.
Cette politique sera articulée autour de la recherche de l’indépendance énergétique totale du pays et de la sécurité de son approvisionnement en énergie. Elle sera fondée sur la nécessité d’avoir une énergie durable et essentiellement propre, largement disponible, en qualité et quantité suffisantes et au meilleur prix. Elle sera, donc, fortement axée sur la priorisation des énergies propres et surtout renouvelables dans le respect de nos engagements internationaux sur le Climat, sans toutefois occulter la nécessité de faire face à des besoins énormes et immédiats en énergie pour accélérer notre croissance.

Des efforts considérables devront être faits sur les économies d’énergie et sur le renforcement de l’efficacité énergétique dans tous les usages.

La politique sera déclinée au niveau des sous-secteurs et mise en œuvre à travers des lettres de politique de développement et de gestion à moyen terme de ces sous-secteurs que sont :


• Le sous-secteur des hydrocarbures (filières amont et aval)
• Le sous-secteur de l’électricité


• Le sous-secteur des énergies renouvelables


• Il sera intéressant de leur adjoindre une organisation forte composée de structures de prospective, de régulation et de contrôle étendu du fonctionnement de ces différents sous-secteurs, par rapport à leurs objectifs.

-Sous-secteur des hydrocarbures

Concernant la filière pétrolière amont, un point  essentiel peu abordé demeure le scénario de prix à long terme des hydrocarbures    En effet, si des hypothèses BAU ( Business as usual) donnent une évolution tendancielle favorable à la poursuite de la prospection. d’autres hypothèses ET(Energy Transition), par exemple, prenant en compte les positions des États occidentaux – dans le respect de leurs engagements dans la lutte contre les changements climatiques qui se traduisent par l’arrêt du financement des énergies fossiles, avec le recours massif au renouvelable et le très prochain remplacement des véhicules à moteurs thermiques par des véhicules électriques-  prédisent un effondrement du prix du pétrole qui en 2040 serait à 15 dollars Us real reference 2018. La réalisation de cette deuxième hypothèse compromettrait sérieusement l’engagement des investisseurs dans le développement du potentiel restant et induirait une rentabilité marginale pour les projets en perspective d’exploitation à compter de 2023/2024.

Néanmoins les grandes compagnies pétrolières, malgré leurs engagements environnementaux et quelques timides réalisations en faveur de la lutte contre les changements climatiques, continuent à investir de façon importante dans l’exploitation pétrolière

En attendant d’en avoir un aperçu clair, il convient de geler l’attribution de tous les blocs pétroliers non encore affectés et de réexaminer, de façon critique, mais objective, tous les contrats en cours d’exécution sous l’angle de l’évaluation des ressources disponibles et de leur potentiel de production. En considérant le respect des normes environnementales, du montant des investissements consentis ou à engager et de leur remboursement, ainsi que de la répartition du profit et des conditions de fixation du prix des hydrocarbures vendus à l’international. Au-delà des réajustements nécessaires sur chaque contrat, en vue du meilleur équilibre entre les parties, il s’agira de définir le modèle contractuel le plus équilibré, le plus profitable possible à notre pays tant que nous serons contraints, faute de disposer de la capacité technique et financière requise, de faire appel aux compagnies pétrolières internationales. Durant cette première phase de dépendance du savoir-faire étranger, il sera créé un fonds de financement de la recherche et de l’autonomisation en vue de notre souveraineté.


• Se fixer des objectifs précis, à durée n’excédant pas 10 ans, de mise en place d’une structure nationale capable de faire, elle-même, l’exploration, le développement et l’exploitation de nos ressources pétrolières et gazières avec, au besoin, l’appui de sociétés spécialisées. Nous  insisterons sur l’édification de structures de formation, de haut niveau, dans les métiers des hydrocarbures.
• Prioriser l’affectation des ressources naturelles nationales à la production nationale (agriculture, industrie, chimie, électricité) et faire en sorte que les ventes d’hydrocarbures à l’international ne puissent concerner que les excédents.
 
Concernant la filière pétrolière aval, il faudra développer de nouvelles infrastructures de raffinage pour traiter localement le pétrole découvert sur le territoire pour d’abord satisfaire les besoins locaux et sous régionaux avant toute exportation de brut à l’international.


• Exploiter localement tous les dérivés du pétrole et du gaz (engrais, polymères et applications, production d’hydrogène gris, industries chimique et pharmaceutique, pétrochimie, transport).


• Encourager l’utilisation sécurisée et responsable du gaz aux niveaux domestique, industriel et minier en développant un réseau gazier national sûr, bien structuré et performant.

Sous-secteur de l’électricité


 
Les résultats engrangés dans ce sous-secteur ne sont, hélas, pas à la hauteur des efforts, notamment financiers, consentis ces dernières années pour accompagner et fortifier le sous-secteur. Malgré le renforcement de la capacité de production globale et la consolidation des réseaux de transport et de distribution, des errements demeurent. Ainsi la location de centrales temporaires privées n’est justifiée qu’en période de catastrophe naturelle ou de crise aiguë ainsi que des problèmes d’inefficacité au niveau des réseaux de distribution, à travers les pertes et autres indisponibilités.

 Aujourd’hui, l’objectif doit être le relèvement des performances de qualité, au niveau des standards les plus élevés, et l’élimination de tous les surcoûts inutiles, tout en assurant l’équilibre quantitatif et qualitatif offre/demande, en toute circonstance.
Cela nécessite la mise à jour de l’audit organisationnel du sous-secteur et une fixation de la structure organisationnelle de l’opérateur de référence, en veillant à prendre une option réaliste et conforme aux objectifs visés, notamment la baisse des coûts opérationnels et l’amélioration du service, et, aux perspectives de développement à moyen et long termes.


 
Dans la fonction Production, il faut confirmer la volonté de privilégier une électricité durable, en réduisant, résolument et suivant un timing élaboré, le recours aux énergies fossiles autres que le gaz auquel seront du reste converties la plupart des unités de production actuelles fonctionnant au pétrole ou au charbon et en mettant l’accent sur un mix énergétique volontariste privilégiant les énergies renouvelables non intermittentes (hydraulique) ou intermittentes (solaire , éolien ), associées à des dispositifs de stockage appropriés. Pour éviter la répétition dans le document, les schémas d’aménagement des barrages hydroélectriques sont traités dans la section hydraulique, puisque les travaux et transferts y afférents y seront développés. Une politique proactive panafricaine de grands travaux permettra de s’entendre et développer plus de travaux avec la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, la Mauritanie et le Mali et d’être ensemble autosuffisants en électricité.


• Toutes les locations de plus de 2 MW seront reconsidérées et, compte tenu des besoins de financement très lourds, le partenariat public privé sera maintenu, mais les appels d’offres seront de rigueur dans le choix des producteurs indépendants.


• Les contrats de production indépendante d’électricité en cours seront réexaminés, au regard des superprofits résultant de l’évolution à la baisse des coûts des technologies concernées ou de mauvaises négociations antérieures au détriment du pays.


 
Dans les fonctions Transport, Distribution et Électrification rurale


• Intensifier le maillage territorial et amorcer les lignes d’interconnexion dans la perspective du marché sous régional de l’électricité et des échanges avec les pays limitrophes.


• Moderniser, en les renforçant et en les automatisant, les réseaux de distribution pour éliminer les goulots d’étranglement et les facteurs d’inefficacité et réduire les pertes à leur plus simple expression.
• Atteindre l’accès universel à l’énergie électrique dans les quatre premières années, avec une électricité bon marché pour toutes les couches de la population, particulièrement dans le monde rural, en lui faisant bénéficier de tarifs préférentiels importants résultant de l’utilisation des ressources pétrolières et gazières nationales en priorité et des gains de compétitivité sur le solaire photovoltaïque, notamment. Au préalable, un audit des fonds injectés dans les différents programmes d’électrification rurale, ces dix dernières années, sera fait. Une attention particulière sera accordée à la qualité des services et à l’équité tarifaire dans la prise en compte des systèmes hors réseaux des zones reculées desservies dans le cadre des programmes pour l’accès universel.

Nous privilégions de rompre avec le processus de libéralisation en cours avec la filière holding concessionnaire et le démantèlement des filiales. Nous redéployerons plutôt un processus de nationalisation de la SENELEC. 

Sous-secteur des énergies renouvelables

En appui à la lutte contre les changements climatiques et pour conforter l’indépendance énergétique, il convient d’exploiter les ressources renouvelables, au fur et à mesure de leur intégration harmonieuse et équilibrée au réseau. Le potentiel solaire sera bien exploité de même que le potentiel éolien. Une politique hardie de maîtrise de l’énergie et de l’efficacité énergétique sera menée, parallèlement à la promotion des énergies renouvelables.

Les énergies marémotrices seront encouragées, grâce à des améliorations technologiques récentes plus rentables et adaptables à des sites de mouvements de vagues compatibles avec cette source d’énergie prévisible.
 
Il sera également développé, dans une échéance de 5 à 10 ans, une stratégie nationale de production en grande quantité et d’utilisation de l’hydrogène propre. La production se fera à travers deux filières de production d’hydrogène vert à partir du solaire et d’hydrogène gris à partir du gaz naturel dans les zones proches des lieux de production du gaz, pour une utilisation nationale et pour l’exportation.
L’utilisation couvre un champ très large allant du stockage d’énergie et de l’énergie de secours à la production du fer et la fabrication de l’acier, en passant par les transports terrestre, ferroviaire et maritime, la production de chaleur, l’industrie chimique, etc.


 Structures stratégiques de contrôle et de régulation


 Pour accompagner les fonctions opérationnelles, un dispositif d’accompagnement à fort potentiel sera mis en place pour :


– la gestion officielle des données du secteur qui seront publiées et tenues à la disposition des acteurs économiques

-élaborer la planification stratégique dans le secteur

– veiller à un environnement attractif pour les investisseurs

– réguler les différents sous-secteurs,

– contrôler les actions et l’efficacité opérationnelle et le respect de l’approche genre
– assurer le suivi-évaluation des objectifs fixés, notamment ceux de la viabilité financière du secteur, de l’accès universel à l’énergie et des coûts optimisés les plus compétitifs pour les consommateurs industriels et les ménages.

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