L’égalité femme-homme

Nos filles, nos sœurs, nos mères, nos femmes, la majorité de notre pays, constituent la condition d’un développement national et populaire effectif palpable et durable. L’égalité des sexes se heurte aux structures économiques, politiques, culturelles, religieuses.  Pour nous, les hommes et les femmes sont dissemblables certes, mais sont égaux et égales. Nos filles et femmes sont encore dominées par des croyances sexistes et patriarcales, parfois par la violence et la misogynie. Beaucoup ont intériorisé ces tares et succombent aux critères infériorisants ou valorisants et s’opposent même à l’amélioration de leur condition. 

L’égalité homme femme pourra être atteinte par l’éducation et la mise en place d’institutions permettant un égal accès démocratique aux savoirs, savoir-faire, savoir-être, savoir critique et au travail des hommes et des femmes, leur garantissant les mêmes devoirs et les mêmes droits. Des savoirs et savoir-être endogènes peuvent être convoqués pour atteindre l’égalité femme homme. Il n’y aura pas de changement structurel du développement du Sénégal et de l’Afrique sans le changement drastique et positif de la condition féminine. C’est pourquoi la dimension féministe est transversale dans le présent document, même si elle n’est pas explicitement évoquée dans toutes les rubriques, pour éviter d’alourdir le texte. Dans chacune d’elles, nous envisageons la portée de la transition et la rupture en fonction de ce que cela implique pour la condition féminine.

Nous sommes à Seen Égal-e, Seen Égalité résolument féministes et contre toute forme de discrimination, de violence fondée sur le genre. Nous sommes clairement pour l’égalité des droits, des opportunités, des chances pour les filles et les femmes. De leur épanouissement et leur capacité de sortir de leur aliénation, et de participer pleinement aux décisions et à la direction du pays, dépendent le progrès et la justice sociale. La participation entière des femmes, aux mécanismes de décision et d’exécution, sera assurée par un changement du modèle démocratique permettant aux femmes d’acquérir au moins la même place que les hommes, dans les instances de décision, de délibération, d’exécution des politiques. Il faut pour cela un changement drastique des mentalités masculines, mais aussi féminines. 

Aucune impunité ne prévaudra dans l’atteinte aux droits de femmes et la violence contre les femmes. La sanction prévue par la loi doit être exemplaire. Le vocabulaire et les comportements sexistes seront farouchement combattus dans la sphère domestique, à l’école et au travail, comme dans tout le reste de la société. 

L’autonomisation révolutionnaire des femmes leur permet de dépasser les disparités qui les confinent dans une sphère subalterne. La crise du covid a révélé le caractère indispensable du travail des femmes, mais a exacerbé leurs conditions précaires et rongé plusieurs acquis. Des transformations radicales doivent intervenir aux niveaux culturel, économique, démographique, politique et social. En augmentant les chances économiques des femmes, les travailleuses et travailleurs partageraient les bénéfices de leur travail, à travers des emplois décents qui régénèrent l’environnement naturel au lieu de le dégrader. Dans notre pays, les femmes assurent 80% du travail agricole. L’accent sera mis sur l’accès à la terre, l’encadrement pour la productivité et contre la pénibilité des tâches, l’agroécologie en faveur des femmes. 

Nous réduirons les obstacles réglementaires et socio-culturels et faire accéder les PME féminines aux opportunités, aux réseaux, aux financement et aux compétences.  Nous réformerons la loi sur le développement et la promotion des PME et modifierons la loi de 2008-29 (article 33) en portant à 40% l’accès des commandes publiques aux entreprises féminines. De même 20% des marchés publics seront réservés aux PME-PMI appartenant aux femmes ou majoritairement féminines. Notons que les régimes préférentiels privilégieront les entreprises nationales et ensuite africaines.

La priorité est donnée au relèvement de la condition de la femme rurale et celle des milieux informels précaires. Le salaire moyen de 7000 F CFA dans le secteur informel est intenable, face à une hausse des prix à la consommation de plus 11% et de ceux des denrées de base de l’ordre de 8%.  L’enquête de l’ER-Esi estimait en 2017  que le secteur informel non agricole comptait 1 million 689506 chefs de production informelle employant 809 milles 606 personnes, soit 2 millions 499 mille 219 emplois. Plus globalement, c’est plus de 95% de l’emploi au Sénégal qui se situe dans le secteur informel. 

On voit bien comment l’organisation efficiente de ce secteur, la réduction des pénibilités, la santé et sécurité du travail et l’amélioration des conditions globales permettront d’en maximiser la productivité et aussi la contribution au secteur fiscal. Au préalable, la protection sociale du secteur informel, sa régularisation, en ciblant les femmes au bas de l’échelle du marché du travail, permettra de relever le niveau de vie. Les conjoint-es des personnes travaillant dans le secteur informel et dans les campagnes seront considéré-es comme des travailleurs et travailleuses et non comme sans profession. 

L’égalité de rémunération entre hommes et femmes sera garantie. Les moyens de faire sortir les trop nombreux acteurs et actrices qui vivotent dans l’informel, comme ceux et celles qui méritent un plus grand rayonnement du fait de leur dynamisme et ingéniosité, sont nombreux. Il faut développer une véritable politique d’apprentissage et d’organisation; faire la promotion de leur travail, offrir des services et ouvrir l’accès du système de financement à des projets répondant à des critères rigoureux de sélection. Un système graduel de mise à niveau et de certification permettra de faire reconnaitre les compétences dans le marché du travail.

Il faudra reconnaître le labeur de la ménagère comme un vrai travail et œuvrer pour en soulager la pénibilité et le temps gaspillé. Pour ce faire, le raccordement à l’eau et un programme national subventionné pour une machine à laver et une cuisinière par ménage, et étalonné sur le revenu, offriront non seulement un travail manufacturé de création d’emplois (la fabrique locale des machines), mais soulageront nos femmes qui pourront se consacrer à d’autres tâches plus épanouissantes. La fabrique d’une foule de machines dans les campagnes et les villes et visant à réduire la pénibilité ou permettre la productivité contribuera autant à l’emploi qu’à se libérer du travail. Il faudra parallèlement encourager et créer des services collectifs, communautaires et publics assistant aux tâches domestiques et familiales.

Les travailleuses dans les manufactures et dans la sphère domestique exploitées seront protégées et des voies idoines de justice séviront sévèrement contre quiconque perpétue ces violences. Nous appliquerons le protocole de Maputo et irons plus loin. Encourager la syndicalisation, des emplois occupés majoritairement par des femmes. Il faudra mieux informer les femmes les plus vulnérables sur leur droit.

La formation des filles à l’éducation professionnelle et technique sera accrue. L’accès au crédit et à la propriété foncière sera généralisé et amplifié. Un congé parental rémunéré de 3 mois au père et de 5 mois à la mère. 

Protéger davantage les femmes divorcées et leurs enfants, les mères monoparentales ou en union libre au niveau du partage du patrimoine. Elles ne doivent pas assumer seules les désavantages économiques de s’occuper d’enfants communs. Mieux diffuser l’information sur le droit de la famille et appliquer strictement la loi et faciliter aux femmes l’accessibilité aux ressources légales.

Les femmes déterminent, en priorité, les conditions de la reproduction et disposent de toute l’information et l’encadrement au planning familial. Avec Internet, les jeunes sont plus exposés à la pornographie. Il est nécessaire de mieux les éduquer, pour leur permettre d’appréhender positivement la sexualité et de respecter les femmes. 

Assurer un plaidoyer progressiste et un débat social substantiel et inclusif autour des sujets encore tabou- l’avortement, le mariage forcé, la polygamie, l’excision, l’éducation sexuelle, les critères dégradants de beauté…- touchant à la féminité et leurs droits pour affranchir les femmes de la tutelle et promouvant l’affirmation de leur africanité. 

L’image de la femme dans les médias et les ouvrages scolaires doit être digne et à la hauteur des changements préconisés. 

Les associations féminines disposeront du droit de se porter partie civile dans tout cas de discrimination.

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