L’égalité des régions

Dakar et le Cap-Vert, comparés aux autres régions, jouissent d’une situation disproportionnellement enviable. (91% du tissu industriel s’y trouve). Cependant notre capitale est saturée et de moins en moins viable, avec ses dysfonctionnements urbains et environnementaux et sa surpopulation. 

Notre pays est devenu l’un des plus chers d’Afrique, alors que le Sénégal, malgré de timides progrès, demeure pathétiquement classé parmi ceux au développement humain les plus faibles du monde. Nous sommes 170e sur 190 pays en 2022, et 34e sur 53 pays africains.  On considère, dans cet indice IDH, les critères ‘’d’une vie longue et en bonne santé, l’accès aux connaissances et un niveau de vie décent’’. Si de surcroit, on introduit le coefficient d’inégalité, c’est-à-dire considérer en pourcentage les inégalités dans chacune des trois composantes de l’IDH, soit l’DHI, le Sénégal perd l’équivalent de 32%. ( il passe de 0,512 à 0,348 en 2019-PNUD)

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Ce statut est indécent, compte tenu du niveau général de la population qui en subit les conséquences. Le potentiel des autres régions est sous-utilisé et miser, prioritairement sur elles, sera la solution à notre développement. 

On a augmenté graduellement le nombre de régions, en tentant d’en contrôler politiquement et électoralement les terroirs et les territoires, et en articulant cela sur des schémas de décentralisation douteux. Il n’est pas exclu de revenir sur un nombre réduit de régions, se fondant, avant tout sur la proximité culturelle, plutôt que sur des prétendus arrangements politiques et électoraux. Les populismes autocratiques ont transféré des bribes de compétences du gouvernement et de ses agences de développement. L’État désengagé a emprunté des stratégies ouvrant la porte à des interactions, entre secteur privé local et étranger, et différents acteurs locaux et associatifs. Certes ceux-ci s’en sont accommodé et ont participé à ces décentralisations, en tentant d’y défendre leurs intérêts particuliers. La décentralisation, jusqu’à présent, a accéléré des logiques rentières et augmenté des problèmes institutionnels d’appropriation et de mise en œuvre des projets. 

Il s’agit, désormais d’aller au-delà, et de mettre en place une politique de décentralisation stratégique fondée, non pas sur des considérations politiciennes, mais sur la définition de zones économiques homogènes et dotées d’institutions locales. Elles doivent bénéficier de délégations de pouvoirs et de moyens adéquats dans des domaines bien définis. 

Il faut doter les régions de stratégies nationales cohérentes et complémentaires menant à des actions politiques publiques démocratiques et populaires. 

Les collectivités locales auront des pouvoirs accrus, des responsabilités en matière de cadre de vie, notamment pour les transports en commun, l’aménagement du territoire et des municipalités, les services sociaux, les espaces verts et communautaires.

En réalité, il faut doter les régions de pouvoir et surtout infléchir l’extraversion de Dakar en se tournant vers nos régions intérieures, et de là, vers l’intérieur de l’Afrique. Nous suggérons d’ailleurs de déplacer la capitale afin de faire profiter le pays tout entier d’un autre élan de développement, au profit de toutes et tous. 

Dans chaque région, un état des lieux des richesses agricoles et  extractives existantes et utilisées permettra une révision démocratique et populaire des structures foncières, des codes et cadastres miniers, gaziers et pétroliers et de zones de pêche. Un processus de réappropriation et de renégociation des contrats, en tenant du principe de précaution et de l’impact social et environnemental du développement sera entrepris, et ces principes guideront toutes les initiatives nationales à vocation régionale. 

Le développement régional-national sera recalibré, prioritairement sur le chemin de fer pour les marchandises et les passagers.  Augmenter l’offre de transport en commun urbain, régional et interrégional et mieux subventionner substantiellement les coûts.

Dans chaque ville, adopter une politique nationale de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage, ayant la nature et l’humain en son cœur.

 Au cœur des régions, une stratégie de redéploiement du plein emploi avec des incitatifs au retour et à la réinstallation des habitants du terroir.

 En Casamance, répandre une culture de la paix, articulée sur les progrès déjà réalisés dans les précédentes négociations, et s’engager dans un processus à long terme, dans lequel il faut impliquer tous les acteurs importants de la région, surtout les femmes. 

Parallèlement, il faut mettre en place une politique hardie de relance économique de la région qui bénéficie prioritairement aux populations locales. 

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