
Le Projet Seen-égalité est prioritairement en faveur des paysannes et des paysans et de nos transformatrices et transformateurs, pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la maîtrise de l’eau et la diversification agricole. Le projet considère le statut non marchand de la nature et des terres agricoles, en voulant relever les défis autant de la socialisation de l’économie agricole que les enjeux écologiques. Il faut donc massivement investir dans l’agriculture, en soutenant et modernisant les petits exploitants.
Un des champs de combat est l’enjeu alimentaire mondial, pour l’Afrique comme pour le Sénégal. Cet enjeu est capital, alors que de plus en plus de ses terres sont bradées et que le problème alimentaire y demeure chronique. Le fait d’aller quêter en Russie, en économie de guerre ses céréales, symbolise bien notre échec.
Notre développement agricole autocentré aspire à remédier à cette humiliante dépendance. Il exige une réforme agraire et l’autosuffisance alimentaire. Notre agriculture a été défigurée par la monoculture arachidière et l’écroulement de notre système vivrier. L’autoconsommation demeure l’assurance survie des masses rurales qui subsistent majoritairement sur des surfaces de productivité précaires et inefficaces. Généralement sous-équipée et sous-formée, cette agriculture de petite surface est affectée par l’accaparement foncier et les aléas climatiques. La ponction effectuée par les tenants du capital et ceux assurant son encadrement est lourde. Sa capacité à alimenter les villes est erratique et la sous- alimentation des agriculteurs et agricultrices est chronique et épisodique.
Le couvert de la biodiversité se raréfie, alors que le contrôle du stress hydrique est faible. Il nous faut nous entendre avec la Mauritanie, sur le partage des eaux du fleuve Sénégal et résoudre le problème des eaux qui se déversent en milliards de mètres cube dans l’Atlantique. Il faut stopper la vente et la location de nos grandes surfaces aux firmes étrangères d’agrobusiness et qui transforment nos agriculteurs en ouvriers agricoles. Il importe donc de procéder à une véritable réforme interdisant, au premier chef, l’aliénation des terres au profit de spéculateurs professionnels.
La gestion des eaux pluviales et la réalisation de plus d’infrastructures de drainage contre les inondations doivent être accompagnées de travaux de captage et de rétention pour usage agricole ultérieur.
L’eau demeure un bien commun inaliénable non marchand, accessible à toutes et tous. L’eau est un droit fondamental dont l’État demeure le gardien. Adopter un nouveau code national de l’eau qui revoit rigoureusement l’offre hydraulique nationale, à partir des ressources en eau disponibles et des demandes diverses et croissantes, de façon à déterminer une politique responsable et durable. Une fois mieux réévalué, le bilan hydrologique national, incluant les eaux transfrontalières, nous permettra de mieux optimiser l’hydraulique, notamment grâce au numérique et à l’agriculture de précision GPS. Nous pourrons mieux répartir efficacement et durablement l’eau sur les surfaces, selon les variations des températures et des précipitations.
Ainsi de grands travaux hydrauliques et d’aménagement, dans le sens d’un usage durable de l’eau, permettraient de valoriser et de disposer de plus que les 240000 hectares disponibles et même de les étendre dans la vallée, vers l’Anambée, le Sénégal oriental et la Casamance. Il faudra innover par une approche intégrée dans les travaux d’aménagements, de maîtrise des crues, de bassins versants, de stockage des eaux pluviales, de drainage, d’irrigation économe durable, de techniques d’aspersion, de maintien de l’humidité́ du sol, de prélèvements ou restitution d’eau, de conservation des écosystèmes aquatiques et diverses autres méthodes éprouvées de gestion optimisant la gestion de l’eau.
Dans cette approche agroenvironnementale et bioalimentaire, notre dépendance au riz peut être comblée par 2 récoltes annuelles. Elles seraient autant pluviales qu’irriguées, en maximisant l’intensité culturale organique. Cependant, il importera de diversifier nos sources alimentaires- en introduisant plus de mil, de fonio, de sorgho, de blé adapté, de manioc dans nos nutritions. Une véritable révolution diététique devra d’ailleurs s’amorcer pour manger plus sainement et éviter les diverses maladies liées à la malbouffe et aux carences.
Nous travaillerons aussi davantage sur les banques de semences, sur les techniques biologiques d’engrais, sur l’information informatique et l’encadrement socioprofessionnel des agricultrices et agriculteurs et transformatrices et transformateurs.

Le rapport de la paysannerie au pouvoir d’État doit positivement changer, au fil du processus de démocratisation. Le droit égal pour toutes et tous à l’accès à l’usage de la terre est fondamental, mais il faut réduire l’attribution de statut de marchandise à la terre. L’État doit incarner un État populaire, intégrant la paysannerie modernisée dans le processus de décision et d’orientation du développement global. Il faut réguler le rapport entre tous les ‘’propriétaires usufruitiers’ soit l’État, les collectivités, les coopératives, la paysannerie, les opérateurs. Ainsi diverses formes de propriété collective et socialiste peuvent être créées, consolidées au fur et à mesure du processus d’avancée sociale.
Nous créerons une banque africaine de développement agraire, pour garantir le financement et l’assurance et encourager le commerce intrarégional et continental. Cette banque soutiendra, autant les organisations parapubliques de l’État intervenant dans le monde rural, que les opérateurs privés et les paysannes et les paysans indépendant-es sur des parcelles privées. La propriété privée des parcelles est associée à la gestion de coopératives, elles-mêmes propriétaires indivises des biens collectifs.
Encourager le développement des organisations paysannes à la base, habilitées mieux que quiconque à défendre avec autorité leur condition et capables de s’autonomiser du pouvoir central, tout en y participant. Une certaine forme de collectivisation doit remodeler les structures et l’organisation des exploitations. L’État, souplement, pourrait lancer de grandes entreprises collectives intégrées et articulées à des structures agro-industrielles. Ces fermes d’État sur le domaine national emploient des travailleurs et travailleuses agricoles et des transformateurs et transformatrices pour des produits made in Sénégal.
Ailleurs, sur les espaces de réformes agraires réaffectés aux paysannes et paysans, nous favoriserons la mutualisation et le regroupement des paysans en coopératives et par une dotation, par l’État, en équipements validés par un organisme dédié. Accompagner et subventionner les coopératives pour la culture et la transformation des produits locaux. Faire une meilleure promotion des produits locaux et l’intérêt de consommer local. Permettre des structures financières adaptées, des protections (non) tarifaires, une garantie de prix stables et rémunérateurs.
Avec ces organisations, pour atteindre notre souveraineté et autosuffisance, nous neutraliserons le chantage alimentaire de l’impérialisme, en déconnectant les prix internes de ceux du marché mondial, à travers une progression graduelle de notre productivité paysanne. Il nous faut des modes agraires organiques et des technologies appropriées. Il s’agit de produire et de transformer, en amont et en aval d’une agriculture de consommation locale et régionale, la plus organique possible, et en fonction d’une autre loi de la valeur (équilibre revenu rural/urbain, stratégie de plein emploi, équitable prix de production et de transformation, etc.).
Le projet a la forme d’autocentrage collectif, c’est à dire de mutualiser les forces et permettre l’échange de produits entre les zones, et des péréquations entre zones excédentaires et déficitaires. La productivité dans tous les domaines d’activités peut être spectaculaire, tout en y générant le plein emploi, dans les étapes de préparation et de transformation de l’agriculture. Produisons de façon diversifiée, transformons et consommons local fièrement.

L’agriculture alterne des espaces d’agriculture intensive et des zones de permaculture restaurant notre biodiversité. Une utilisation bio-organique de l’agriculture ne recourt plus à des intrants chimiques et recycle tous ses déchets. Il y est facilement envisageable du biogaz, qui assainit les villages et les espaces périurbains, tout en fournissant l’énergie et aussi le coupler à de l’énergie solaire, pour combler les besoins énergétiques tout en fertilisant de sols des communautés.
Les métiers qui préparent l’agriculture et ceux qui la transforment fixent des populations qui échappent à l’exode rural, parce que dotées de meilleur revenu et d’une bonne qualité de vie.
L’agriculture biologique (biomasse, assolement, percolation, pesticides verts, etc.) est faussement décrite comme moins productive par des industriels de pesticides et d’engrais chimiques et de biotechnologies. Une meilleure concentration professionnelle à l’hectare est possible avec ce modèle intensif intégré, préservant autant l’environnement attenant qu’une durabilité des écosystèmes arables.
Nous prônons donc un développement agricole endurable et non un développement durable. Il est au cœur de la construction d’un marché intérieur de biens de consommation de masse axé, sur nos produits et des importations sélectivement tournées sur nos besoins essentiels. Parmi ceux-ci, le contrôle de notre énergie, dont dépend toute notre électrification rurale.
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