Esquisse de projet de société

Le présent document est issu d’une consultation de progressistes du Sénégal en vue de la convergence de forces démocratiques et populaires. C’est une dynamique de construction de convergences d’idées dans la diversité. La construction de cette mouvance politique, et le rassemblement des acteurs qui la composent conditionnent le succès des revendications sociales et les exigences de rénovation d’une gauche authentique, résolument en faveur du peuple. La volonté collective du peuple de servir le Sénégal est organisable et mobilisante. Une vaste coalition de gauche ouverte à toutes et tous les patriotes progressistes et intègres est capable de porter et de concrétiser les espoirs de changement du peuple.

Notre convergence œuvre pour l’avènement d’une troisième république et un développement autocentré progressiste panafricain, écologiste et féministe. Elle escompte la reviviscence de l’espoir révolutionnaire, encore fort ou diffus dans plusieurs tranches de notre population. Cette convergence fait aussi écho aux espérances de nos masses défavorisées, de voir résolues leurs aspirations essentielles et fondamentales et l’avènement d’une ère harmonieuse et prospère. 

Cette esquisse de projet de société est d’abord offerte aux partis, coalitions de gauche et à toutes les bonnes volontés progressistes qui pourraient se l’approprier ou infléchir leurs programmes ou conception. Fort de ce tremplin, le projet Seen Égalité bonifié s’adressera ensuite à toutes et tous nos compatriotes.   C’est une dynamique en construction, débutant présentement et jusque dans un horizon perceptible. Elle commence maintenant et doit s’amorcer structurellement par les changements ici proposés. On est dans l’amorce du projet de société, le court et le moyen terme demeure ajustable, et sera graduellement retouché par les apports des forces vives de la nation. On percevra, par la mise en œuvre et la praxis, la trame qui se dégage pour les décennies à venir. 

 Si les conditions politiques actuelles l’autorisent, Seen Égalité pourrait aussi singulièrement représenter une option du changement dès les présidentielles de 2024. Il appartiendra à nos masses laborieuses conscientes, et aux fractions agissantes du peuple organisées, de davantage s’approprier et améliorer ce projet de société. Nous escomptons à cette étape-ci que la démarche soit consensuelle, et en convergence, dans la diversité de nos palettes d’obédiences.  

Le projet Seen Égal-e, Seen Égalité endosse les fondements institutionnels des Assises nationales du Sénégal, et sa Charte de Gouvernance Démocratique.  Il prône cependant une assemblée constituante pour l’avènement d’une troisième république. Cette assemblée est le moyen le plus démocratique de transformation de notre société pour affronter les défis du 21e siècle et surmonter nos dysfonctionnements et déséquilibres institutionnels. Cette constitution améliorerait celle de 2001, et sera davantage en phase avec les aspirations populaires en intégrant le droit à l’eau, les droits économiques, sociaux et culturels. Cette assemblée accélérerait l’unification politique panafricaine, mettrait fin à l’hyperprésidentialisme et permettra l’avènement d’une démocratie parlementaire résolument africaine, avec une séparation patente des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif républicains. Le parlement ne doit être constitué que de député-e, sans cumul d’autres fonctions. 10 % des député-es peuvent même être constitué-es au tirage au sort national. Quiconque dès sa majorité devrait pouvoir être conseiller-e municipal-e ou député-e et apprendre le décorum de l’Assemblée. Nous pourrions y introduire des mécanismes délibératifs et décisionnels et diverses catégories juridiques issus de nos traditions et coutumes, tout en sauvegardant le caractère laïque de la république. Il faudrait aussi amender la loi organique de 1992, qui énonce les compétences du Conseil constitutionnel, et s’assurer que l’indépendance de ses membres relève exclusivement, dans leur désignation et leur décision, hors des prérogatives de l’exécutif. Ce dernier doit fonctionner avec un nombre modeste de ministres au train de vie modeste.

Cette gouvernementalité originale doit garantir la séparation des pouvoirs et la protection des droits et libertés des citoyen-nes. Ce mode de gouvernement  est au service d’un développement national et populaire de rupture avec le dispositif néo-colonial. Il nous faudra rompre aussi avec l’adoption aveugle du principe de compétition capitaliste qui impose un consensus tronqué, excluant l’imaginaire d’une autre société, fondée sur l’altruisme, l’égalité et la solidarité.  Notre projet de société repositionnera notre pays dans une Afrique plus souveraine et contribuera plus audacieusement à son unité. Il nous faut pour cela, un mode d’organisation de type nouveau, par son recrutement, sa mobilisation souple, son inclusivité tactique, ses alliances organiques avec les structures sœurs. Cela permettra d’asseoir un dispositif démocratique à même de contrer l’accumulation par dépossession de ceux et celles qui paupérisent et qui empêchent les aspirations légitimes du peuple.

Dans cette lutte, une des particularités, en plus de l’égalité, qui sert de matrice au projet Seen Égal, est l’eau. L’eau, source de vie, aux multiples propriétés et aux nombreuses capacités, est, au sens propre comme au figuré, le vecteur qui irradie et conditionne notre projet de société. Il y a une faible égalité quant à notre accès à l’eau dans le Sahel. Sans un accès équitable et sûr à l’eau pour toutes et tous, il ne peut y avoir de développement durable. L’eau est un catalyseur politique, socio-économique, essentiel à la subsistance, à la bonne vie, à la croissance économique, à la justice, à l’emploi, et à l’équilibre du vivant. 

Sauvegarder l’eau comme bien commun, la protéger, la maîtriser, l’assainir, assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable gratuitement ou à un coût abordable à toute notre population, protéger et restaurer les écosystèmes liés à l’eau, réduire la morbidité, la mortalité et les catastrophes liées à l’eau, assurer une gestion locale et transfrontalière de toutes nos ressources sont parmi les enjeux qui animent notre projet.

Nos forces et individualités éparpillées ou déjà coalisées aspirent à cette maîtrise responsable et respectueuse de l’eau dans un Sénégal et une Afrique unie, anti-impérialiste, anti-capitaliste et œuvrant, contre toutes formes de domination, pour un autre développement écologiste maîtrisant son accumulation. Cette accumulation est au profit de notre souveraineté nationale et panafricaine. Elle sert prioritairement à satisfaire l’accès à toute la population aux besoins essentiels et à l’égalité des opportunités et des droits conférés, pour plus de justice sociale et de possibilités d’atteindre le bonheur. 

 Cette quête du bonheur peut prêter certains à sourire. Pourtant, autant il faut questionner la pertinence du développement lui-même, dont il dépend désormais, autant on peut légitimement aspirer au bonheur. Simplement et sans démagogie, en tenant compte de comment nous le percevons culturellement, l’État républicain doit assurer les conditions minimales qui permettent le bonheur d’advenir pour les contemporains et les générations à venir. À savoir, entre autres, la sécurité, la paix, la satisfaction des besoins essentiels, un travail digne et décent, du temps libre, une qualité de vie, des droits équitablement répartis, des devoirs partagés, une liberté et un exercice démocratique, une symbiose avec la nature qui est préservée, une culture préservée, et une communication épanouie, le bien commun et l’intérêt général assurés… Le but d’être plus, plutôt que d’avoir plus, demeure l’esprit qui doit animer l’atteinte de ces grandes exigences de la société nouvelle.