
Nous souhaitons changer d’ère, et mettre en œuvre un nouveau contrat social, ancré dans l’égalité et les droits humains et le progrès social. Nous aspirons à une société inclusive et tolérante, respectueuse de la diversité et du pluralisme, et préservant la laïcité des institutions publiques. Changer de paradigme se fait par transitions, mais implique des luttes sociales pour la justice sociale et l’intégrité. Les mouvements populaires et sociaux peuvent amorcer ce changement pour atteindre notre pleine souveraineté. Il s’agit de favoriser une démocratie populaire, de restructurer le secteur informel, relever notre capital humain -qualité de vie, qualité d’éducation de nos ressources humaines; redresser l‘égalité de genre; restructurer le marché du travail; et généraliser l’intégrité dans la gouvernance. Il s’agit donc pour l’épanouissement de notre souveraineté de confier au peuple à ses citoyennes et ses citoyens les pleins pouvoirs afin qu’adviennent des institutions politiques favorisant leur pleine participation.
Nous adhérons pour ce faire aux 17 objectifs de développement durable des Nations Unies ‘’ Les objectifs de développement durable sont un appel à l’action de tous les pays – pauvres, riches et à revenu intermédiaire – afin de promouvoir la prospérité tout en protégeant la planète. Ils reconnaissent que mettre fin à la pauvreté doit aller de pair avec des stratégies qui développent la croissance économique et répondent à une série de besoins sociaux, notamment l’éducation, la santé, la protection sociale et les possibilités d’emploi, tout en luttant contre le changement climatique et pour la protection de l’environnement’’. Nous les mettrons en œuvre résolument avec détermination.

Mais nous souhaitons aller plus loin, et rompre avec notre soumission extérieure au capitalisme mondial et au secteur privé, soumettre nos rapports extérieurs à la priorité de notre développement équilibré endogène et du progrès social autocentré. Nous gèlerons la phase 3 du Plan Sénégal émergent et réorienterons le Sénégal à bâbord dans une trajectoire de justice sociale et de progrès. Notre plateforme réclame une Assemblée constituante et une nouvelle République. Nous prônons une Assemblée constituante, émanant du peuple souverain et élue au suffrage universel. Elle est composée d’un nombre égal de femmes et d’hommes elu-es par un scrutin reflétant proportionnellement les différences socio-économiques et ethnoculturelles. Il faudra forger une grande alliance démocratique et sociale à l’échelle nationale de toutes les forces vives déterminées à concrétiser la souveraineté populaire. L’assemblée consultera le peuple sur les valeurs et orientations de la nouvelle constitution à adopter par voie référendaire.
Il s’agit entre autres, de réduire le présidentialisme et de redistribuer les pouvoirs et les avoirs au peuple et aux masses laborieuses. L’objectif est de tendre vers un équilibre dans le mode de production et de consommation et en faveur d’un niveau de vie respectueux de la soutenabilité environnementale et la défense du bien commun. Un Sénégal sur la voie du plein-emploi, de la démocratie substantive et d’une intégration politique renforcée avec ses voisins. Un pays qui s’engage plus résolument pour une supranationalité en faveur de la confédération panafricaine.
L’organisation d’un État social souverain, orientant l’investissement, déconcentrant la propriété, rééquilibrant le développement en faveur des femmes et de la jeunesse et organisant les disparités, au profit de la multitude défavorisée, sera politiquement exposée à des résistances économiques politiques et culturelles importantes, autant endogènes qu’exogènes.
Il faudra méthodiquement expliquer aux masses, et prioritairement, à notre jeunesse, parfois désorientée et dépolitisée, le projet social autocentré et fédéral panafricain, dans des termes qu’elles finissent par défendre, et les éloigner de la tentation des achats de conscience et de la pulsion affective. Nous devons nous adresser aussi aux élites et personnes dans l’aisance, et solliciter un sursaut patriotique de certaines qui pourraient rallier la cause du peuple. Œuvrer enfin pour la réaffirmation de la sécularité de l’État et arrêter la distribution occulte de l’argent, les rentes viagères et autres passe-droits en direction des religieux.
Les inégalités sociales augmentent si inexorablement que les réformistes n’entrevoient, dans leur intégration à l’économie monde, que de resserrer la fiscalité et la réglementation, pendant que les peuples fulminent la révolte réactive ou sombrent dans les replis identitaires. Le plus difficile sera de contrer l’aliénation culturelle et religieuse induite par le consumérisme et l’idéal de la société de consommation projeté par l’hégémonie dominante et le culturalisme. Ici comme ailleurs, ces valeurs ont réussi à homogénéiser la conscience de pans entiers de l’humanité, y compris même inconsciemment dans ses portions rétives.
Or le projet de résistance, de riposte et de progrès social exige une sobriété, un renoncement, l’engagement quasi permanent. Car pour atteindre un développement équilibré, un infléchissement en faveur des femmes, un sens du sacrifice, plus d’une génération doit investir temps et moyens dans le projet progressiste. Cela suppose un impôt plus lourd et plus équitable pour bâtir les infrastructures et améliorer les services sociaux, plus d’effort de travail, des valeurs de probité et d’intégrité, un altruisme et de la solidarité dans la défense de l’égalité et la redistribution équitable, une retenue dans le mode de production et de consommation au profit de l’environnement. Bref une frugalité en porte à faux avec les diversions entretenues et médiatisées, du haut vers le bas et de façon transversale, dans la société par les ambiances amplifiées et festives, sportives, voire même religieuses et le modèle de l’aliénation dominante du capitalisme. Ce dernier est décomplexé, basé sur le culte de l’argent ostentatoire, l’otium frivole, la publicité du jeune et beau, le dédain des faibles, l’innovation technologique et le formatage des individus atomisés par le marketing des médias sociaux et l’industrie culturelle. Il se reproduit par l’obsolescence programmée et l’addiction au consumérisme narcissique et ostentatoire. Le cumul de ces situations entraîne une grande désaffection ou une mal information de nos masses.
Comment dès lors faire renaître un projet socialiste à visage humain souriant et moins austère, malgré la gravité que requièrent les défis à relever d’urgence? En tous cas, cette option demeure plus possible en Afrique qu’ailleurs. Pour deux raisons en apparence simples. Le sous-développement et les exigences imposées par la polarisation font que la survie et l’âpreté de la vie l’emportent sur l’aisance et l’abondance, dont seule une minorité dispose. Par ailleurs, la mentalité africaine est culturellement généralement optimiste, avec moins d’angoisse existentielle et la quasi absence de la peur du lendemain. Le temps social y est long et les mœurs encore ouvertes à la valeur d’usage, au bien commun. Croulant moins sous les objets et marchandises, la vie de la multitude a encore sens et consistance, ce qui fait que l’altruisme et la solidarité perdurent malgré la forte érosion de ces valeurs par l’aliénation marchande.
Nous sommes conscient-es que notre projet audacieux sera cependant en contradiction avec un Sénégal où nos valeurs se sont délitées. Tout en étant soucieux de l’harmonie à préserver, le projet est une longue et difficile marche vers l’égalité qui ne peut être qu’une lutte révolutionnaire. L’option est autogestionnaire, démocratique et participative. Les conditions révolutionnaires n’étant pas réunies, et la société n’étant pas mûre pour notre dessein, il nous faudra une intelligence anthropologique et du tact, sans compromission, pour assurer la mobilisation. Vu le modèle de gouvernance constitutionnelle en vigueur, et répugnant au coup d’État et à l’abrogation de la Constitution, seul l’accès à la présidentielle et au référendum permettent d’amorcer le processus hardi et salutaire de réformes profondes.
Notre plateforme réunira des forces patriotiques progressistes, à même de formuler, à partir de ce projet de société un programme, et désigner l’équipe et la personnalité susceptibles de la porter vers cette victoire. Il sera de la responsabilité du gouvernement issu de la victoire électorale d’engager, avec tous les partenaires sociaux, la négociation en vue du calendrier et des modalités de la politique sociale à mettre en œuvre. Cela se fera avec des dirigeantes et des dirigeants aux niveaux national et local, qui reflètent les masses représentées, aussi bien sociologiquement que dans leur travail quotidien. Des leaders pourvus de l’idéologie politique progressiste, des principes éthiques et du courage, pour mettre en branle un chantier révolutionnaire
Une conjoncture régionale et internationale particulière due à l’épuisement du mode néocolonial de croissance, – à la polarisation locale de l’arène politique, au désarroi et à l’expectative de grands pans de la population- et à la progression de valeurs populistes et culturalistes rend cette option exceptionnellement possible, malgré les nombreux écueils.
Toutes ces exigences et bien d’autres sont à notre portée. Pour y parvenir, il faut d’abord lutter résolument contre les inégalités.